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Il y a des personnages d’ombres et de mystères que la lumière accroche.
Des révoltés, des filles parfois trop belles, des hommes souvent trop seuls.
Huit nouvelles.
Huit tranches de vies où le quotidien flirte avec le fantastique, où le dérisoire prend des allures de roman noir. Un regard tendre et incisif.
Un suspens nerveux, un dénouement bouleversant, qui n'épargne personne.
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Détails du livre
La pièce est circulaire.
Les murs nus et sales, la peinture s’écaille sous la lumière blafarde
qui tombe du plafond. L’ampoule suspendue allonge les ombres tranchantes
des paillasses. J’en connais chacune des saillies. Lorsque je ferme les
yeux, les murs défraîchis dansent encore sous mes paupières. Il faut de
longues secondes avant que le grain familier se dilue dans l’obscurité trompeuse de l’oubli.
Le temps n’a plus vraiment de signification, une donnée devenue
abstraite dans un long cortège d’heures ponctué par le vacarme subit
dans la pièce d’à côté. Parfois aussi les murmures mitoyens, discrets,
prudents, comme l’ombre d’un bruit qui s’enfuit dans les couloirs
obscurs.
Les jours se sont succédé, un nombre toujours croissant, sans nous affaiblir, sans qu’aucun de nous ne lâche prise. Ils ne pouvaient nous entamer. C’est ce que nous nous étions répété jusqu’à ce jour. C’est ce que nous croyions il y a encore quelques minutes. Mais maintenant c’est terminé, il n’est plus question de maintenir notre moral. Maintenant nous
préférons nous taire.
« Nous » n’existe plus.
J’ai roulé mes épaules. Autant que me le permettent mes poignets entravés. Il fait froid. C’est ainsi que l’on sait qu’il fait nuit d’habitude. Les
écarts de température sont brutaux, et lorsque la morsure se fait sentir
à travers la chemise qui colle à la peau, nous murmurons que c’est une
nouvelle nuit qui commence. La nuit, nous l’avons aperçue tout à
l’heure, piquée d’étoiles, allongée jusqu’aux premiers contreforts des
montagnes. Nous avons pris une longue bouffée d’air sur le seuil de la
porte. La première depuis 39 nuits.
Abhkar nous a laissé contempler la plaine sous le ciel d’encre. Les
milliers d’étoiles n’arrivaient à jeter qu’un semblant d’ombre sur les
roches poussiéreuses. À proximité, le groupe électrogène ronflait de sa
mécanique obsédante.
Ce monde est minéral.
Des blocs plantés dans la poussière, des failles ouvragées par le gel ; des pentes abruptes qui creusent des ravines désertes. Quel est le courage, la force séculaire de ces hommes qui s’accrochent à cette terre aride ? Avec
pour seul amer remède, ces coquelicots aux couleurs criardes. Vous les verrez un peu partout, ces champs aux grosses fleurs, blanches, roses, bleues ; dans la montagne, et dans les plaines, aux abords des villages et des rivières. Partout, juste à l’écart du regard institutionnel, du bâtiment administratif, de la condamnation officielle. Depuis le contrôle
par les forces de stabilisation de l’OTAN, le pavot est devenu la principale ressource du pays.
Mon regard s’est perdu dans l’obscurité, il a fini par accrocher un
brin d’herbe pris par le givre. Un brin d’herbe dur et blanchi tel un
songe improbable.
Mais Abhkar a interrompu notre contemplation. Il nous a repoussé en
arrière avant de refermer la porte. Il a tourné la clé dans la serrure
puis l’a gardée au creux de la paume en nous observant en silence.
Les traits masqués sous son keffieh, nous distinguions seulement son regard noir qui scrutait chacun de nous.
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